lundi, 30 octobre 2006
246ème note : la fin de l'Empire de la Décadence
Depuis plusieurs semaines j’y songe, depuis plusieurs jours cette idée tourne de plus en plus vite dans ma tête et ce matin elle s’est imposée à moi comme une évidence et surtout comme une nécessité: L’Empire de la Décadence doit disparaître. Disparaître. J’aurais pu vous planter là après ce point, mais je vous dois une légère explication qui ne vous satisfera pas. Il doit disparaître parce qu’il a trop dévié, il s’est perdu loin de la destination finale vers laquelle il devait se diriger. Plus de continuité, plus de but affirmé. L’Empire de la Décadence doit disparaître. C’est la conclusion à laquelle je suis arrivée. Je ne veux pas continuer à faire de mon enfant un simple blog inintéressant et comme il en existe des millions d’autres sur la toile. J’avais plus d’ambition pour lui. Et puis, il n’y a pas que lui. Comme nos destins sont imbriqués et que j’ai l’impression que je suis à un tournant de ma vie, je pense que nous devons tous deux nous renouveler. Evoluer. Et comme nulle évolution n’est possible sans la destruction préalable d’un certain ordre établi, l’Empire de la Décadence formule Hautetfort est suicidé. Et moi je vais me reposer de tout l’épuisement physique et psychique que j’accumule depuis quelques temps.
Nous n’allons pas cependant disparaître définitivement l’un comme l’autre de la toile argentée. Une renaissance prochaine est probable. Peu probable je l’avoue mais l’espoir fait vivre même si je déteste cette expression. Je pense annoncer ici la résurrection si elle doit cependant avoir lieu. Si tel est le cas, l’Empire deviendra un temple dédié à l’Idée au sens platonicien du terme. Au nihilisme, à la Décadence , à la philosophie. Bref à tout ce qui peut nous faire vivre malgré tout dans un monde absurde. Je vous promets que si nous revenons ensemble, ce sera pour hanter cette toile et non pour vous livrer des tranches de vie hachées menues et souvent déformées. Mensonges par omission. Je ne sais pas si cette renaissance aura lieu, je suis un peu dégoûtée de toute cette farce vitale pour avoir envie de communiquer pour l’instant. En attendant portez-vous bien.
23:12 Publié dans Bruits ou musique ?, Citations, Colères, Concurrents potentiels, Décisions Impériales, Historia, L'homme de la semaine, Organisation interne, Pensées et penseurs, Petits et grands écrans, Tout et rien, visuellement parlant... | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Décadence, fin du blog
lundi, 16 octobre 2006
Phrases de la semaine
La palme revient cette semaine à Max qui est l'auteur des deux plus belles phrases de la semaine (je me refuse à en mettre certaines autres qui étaient tout aussi interressantes mais assez peu présentables sur un blog grand public) :
"Il ne faut que l'on se couche trop tard, on va à la messe demain" (Et ils y sont allés !).
"Il faut que l'on arrête de boire, cela ne sert à rien".
PS : Merci pour le chocolat. Sans rancune...
13:12 Publié dans Pensées et penseurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Décadence, phrases de la semaine, pensées
mardi, 29 août 2006
... ?
Pour relancer mes stats, je pourrais vendre des photos de moi aux enchères ou même me vendre aux enchères online, je pourrais faire des posts sous forme de bandes dessinées, adopter un style subversif ou haineux, critiquer des gens en donnant leurs noms, diffuser des photos compromettantes de mes ami(e)s en ajoutant leurs numéros de téléphone, inviter de nouvelles plumes sur l'Empire, dévoiler ma vie privée, vous faire un chantage au suicide,...
Mais comme je ne suis pas encore en école de commerce et que je n'ai pas encore eu de cours de marketing je ne sais pas tout cela et je me contente de faire un teaser et de vous proposer de me trouver une citation qui apparaîtra sur la prochaine bannière de l'Empire.
15:05 Publié dans Citations, Décisions Impériales, Organisation interne, Pensées et penseurs, Tout et rien, visuellement parlant... | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : concours
vendredi, 21 juillet 2006
Essai de Misanthropisme Episode V (dernier)
V
Aspect métaphysico-politique
Si nous voulons mettre fin aux démocraties, nous considérons paradoxalement qu’elles sont à notre avantage, car pareilles à une télévision qui divertit les enfants pendant que leurs parents s’occupent tranquillement de choses adultes, les démocraties libérales distraient les peuples et les rendent ainsi ignorants des complots que nous préparons.
C’est grâce à elles que les tyrannies surgissent, comme l’enseigne le sage Platon, c’est aussi à cause d’elles que nous préférons la dictature, pourrait-il ajouter. Néanmoins, ce projet réclame une prudence toute plus chirurgicale et une perfidie sans faille ; la démocratie a le défaut d’avoir su acheter des hommes de notre trempe, partant, le combat opposera des misanthropes déclarés à des misanthropes traîtres. Et puis le bien ne recule devant aucune cruauté quand il s’agit de devoir se sauver. C’est pourquoi il conviendra d’abord de rallier à notre cause les pseudo-démocrates les plus forts ; après tout, la puissance n’est-elle pas le siège le plus vacillant, parmi tous ceux qui se tiennent au-dessus du vide nihiliste ? Il sera alors aisé de convaincre des chefs d’Etats et tout homme disposant d’un poste important.
La démocratie est aussi une alliée au sens où elle représente le parc humain le plus docile qui soit. Un complot général ne pourra s’effectuer qu’en retrait de la masse et à son insu ; à l’inverse, si les totalitarismes historiques ont jusqu’alors échoué, c’est parce qu’ils se sont manifestés ostensiblement à la foule rebelle. Les tentatives de domestication, qui ont marqué les religions ainsi que leur mort par l’humain révolté, ont toute eu pour défaut de fonctionner sur le mode de la sincérité, quand bien même leurs instigateurs auraient menti. Le prêtre a de tout temps pensé devoir remettre les hommes sur le droit chemin en usant de réflexions, de gentillesse, d’une sorte de sensualité vertueuse, car conforme à sa vertu. Pourtant, il est assez drôle de remarquer que c’est en faisant l’inverse seulement qu’on parvient à faire reculer l’immoralité humaine, c’est-à-dire en utilisant l’immoralité la plus extrême. Seuls le fer de l’épé et la dissuasion des mythes permettent, en effet, au maître des hommes de se faire respecter. Reste que le misanthrope, lequel ne recule devant rien pour arriver à ses fins, saura aussi se dérober pour mieux régner. L’art de la discrétion est plus à même que tout autre manoeuvre pour redresser l’homme. Laissons la décadente concorde des hommes pourrir doucement ; quand elle faillera par nos coups subtils, il sera temps de remplacer le genre humain par l’espèce qu’on aura cultivée en secret. De plus, ce parc sera l’échantillon de nos expériences. Et la science et la technique les outils de l’art bio-esthétique. Cet art de la discrétion doit toucher à l’essence même de l’homme, à sa génétique. La nouvelle espèce idéale naîtra, probablement consciente de ce que nous enseignons, et remplacera peu à peu l’homme décadent avant d’atteindre le statut divin.
Pourquoi métaphysico-politique ? C’est ce que nous disions plus haut, mais plus encore : le chemin politique sera l’aube d’une transformation métaphysique. Il semble au misanthrope que le monde est absurde ; cela, il voudrait le changer et pour ce faire, il dispose en fait de tout. Puisqu’il n’y a rien derrière nous, sinon le chaos, tout reste à construire. Dans nombre de religion, il est dit de dieu qu’il ordonne les puissances anarchiques, il en sera ainsi du misanthrope : son sang-froid, son nihilisme, sa science, son pouvoir technique ; tout ce qui semblait il y a peu de temps, si froid, si déprimant, sera les outils divins par lesquels le misanthrope créera l’homme à l’image de ses attentes : surhumain. La métaphysique sera elle-même bousculée ; au rien suivra le plan divin qu’on aura prononcé. L’inversion qu’inaugure le sujet misanthropique, en transformant son initiale croyance naïve en la bonté, en une insensibilité esthétiquement nostalgique, s’opère sur le monde métaphysique lui-même. Le vide, support des délires religieux d’antan, laissera place à la réalisation des délires du misanthrope. L’instrument technico-politique en est la clé.
Nous espérons, cher lecteur, que tu as suffisamment frissonné, d’impatience ou de crainte ; pour l’heure, il serait hâtif de développer plus en avant notre projet politique. Nous sommes peu adepte de la concertation, mais sur ce point ci, nous reconnaissons qu’il faut réunir le plus d’intelligences possible pour analyser et envisager les moyens par lesquels ce projet naîtra. Nous espérons beaucoup des sciences pour nous les inspirer. Cependant, en pauvres philosophes que nous sommes, nous ne pouvons d’ores et déjà anticiper ce que seront les moyens techniques dont nous disposerons.
Conclusion
Loin de n’être qu’un sentiment subjectif, le misanthropisme est la vision la plus réaliste qui soit. À l’inverse, les pensées communes n’ont toujours été que les déductions de mythes durablement ancrées dans le genre humain.
Dostoïevski disait que « la beauté sauvera le monde », nous, misanthropes, espérons précisément le contraire. Nous laissons au choix des générations futures, plutôt qu’à celles d’aujourd’hui, perverties par cette religion primaire qu’est l’humanisme, la charge de reconnaître avec quelle clairvoyance nous avons prédit leur temps. Notre philosophie brutale nécessite en effet aux meilleurs hommes quelque temps pour s’y accoutumer ; les préjugés sont forts comme des passions.
Reste que, si nous ne t’avons pas convaincu totalement, nous pensons être parvenus à te faire douter de tes solides a priori. Notre philosophie ne te semble-t-elle pas possible, si ce n’est vrai, au regard des simples arguments que nous t’avons proposés ; et le chemin tout tracé de nos pensées adverses ne te paraît-il pas désormais perturbé par des routes et divers raccourcis qui l’entrecoupent ? Tu en perds ton orientation n'est-ce pas ? C’est que la raison n’indique que le tracé de ta volonté. Et ceci est d’autant plus vérifiable dans le cas où tu ne me crois absolument pas !
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mercredi, 19 juillet 2006
Essai de Misanthropisme Episode IV
IV
Aspect éthique
« Le misanthropisme est un humanisme » : ainsi pourrait se résumer la morale de notre école. Mais plus encore, à la question « que faire ? », le misanthrope répond sans hésiter : « agir de telle façon que mes actions soient belles ». En un sens, nous avons la chance de vivre à une époque où, en quelque domaine que ce soit, rien ne se fait de bon ; et, partant, l’âge d’or nous attend nécessairement. C’est pourquoi le misanthropisme modéré que nous défendons se doit de brusquer nos confrères les plus extrêmes, afin de leur insuffler l’espoir nécessaire, à la réalisation de leurs rêves les plus invraisemblables.
La morale a cela de frauduleux qu’elle prétend s’imposer comme une loi. En revanche, une éthique révélée par le jugement de goût, comme celle qui conviendrait à des hommes de notre trempe, comporterait les caractéristiques plus libres d’une oeuvre d’art. De même que pour les passions, l’éthique voulue par le misanthrope ne s’impose pas d’elle-même, mais est plutôt souhaitée en regard de ce qu’elle apporte ; elle est en ce sens pragmatique. Mais pourtant, le misanthrope agit avec la conscience profonde que ses intentions sont belles absolument. Mais c’est le cas pour le résultat, qui se déduit d’une objectivité, non le moyen par lequel on y est arrivé. On peut prendre pour exemple la politesse.
Nous jugeons qu’il est de bon goût d’être propre et amical en présence d’une personne importante, un dictateur par exemple. À l’inverse, un homme animé par une certaine morale, connaissant un sentiment de dégoût vis-à-vis de cet homme politique peut, en le jugeant mauvais, faire le choix de ne pas être poli. Il ira même jusqu’à se sentir porté par le devoir d’être désagréable envers cet homme. Le misanthrope lui, soucieux des bonnes manières, se montrera d’une grande délicatesse ; et puis d’ailleurs, il n’a rien contre les dictateurs ! Ainsi, c’est la beauté des gestes qui sera le dessein de son éthique, et non une conformité avec un quelconque devoir que lui soufflerait une répulsion morale. Dans la manière, le misanthrope sait qu’il agit librement, c’est-à-dire de façon hypocrite, de même que l’artiste a le choix des procédés pour peindre le beau, ou l’écrivain celui d’utiliser les bons mots. La belle éthique n’admet pas nécessairement de sincérité dans son mode opératoire, cependant, elle est toujours le résultat de la conviction intime que le beau est absolu. Une expression correcte est en linguistique, ce que la belle morale est en éthique : la meilleure des conventions. Rappelons que seule la haine des hommes est sincère chez le misanthrope ; partant, elle est en parfaite adéquation avec son idéal de beauté.Car l’homme est laid. De plus, il est mauvais ; nous aussi, mais sans hypocrisie. Nous avons vu combien l’aspect affectif est important dans la prise de conscience misanthropique ; il est également important pour comprendre comment le misanthrope met en pratique la belle éthique, une somme de rites suivie sans conviction, tout en restant fondamentalement sincère. Le philanthrope se leurre, personne mieux que nous l’aura compris ; il s’imagine que l’amour existe, alors même qu’il peut ne jamais y goûter ; il peut d’ailleurs défendre cette hypothèse en devenant singulièrement méchant, avec lui-même en se mentant, et aussi, avec les autres en leur imposant sa vision des choses. Le misanthrope, en revanche, se fout de révéler à tous que rien n’existe et que tout est permis - à part pour le simple plaisir de provoquer ; c’est pourquoi, son éthique hypocrite, sa tendance à considérer le domaine pratique comme un jeux, par là contingent, est en parfait accord avec la réalité : un monde absurde et vide de sens.
Le monde a toujours été le terrain de jeux des dieux ; le misanthrope sera le joueur du monde par excellence, d’abord parce qu’il existe, à la différence des dieux, mais aussi, parce que, pareil à ces derniers, il ne souffre d’aucune empathie et, considérant que rien n’est aussi important que sa satisfaction esthétique, trouvera face à lui un nombre vertigineux de possibilités : du bien au mal, toutes les parties qu’il jouera seront vues de haut et perçues comme innocentes. Néanmoins, son plaisir ne réside pas dans le simple arbitraire, comme dans une loterie, mais correspond bien à un projet rigoureux et non dénué de valeur.
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lundi, 17 juillet 2006
Essai de Misanthropisme Episode III
III
Aspect esthétique
Trois concepts majeurs ont animé les hommes dans les périodes de leur histoire les plus fertiles : le bien, le vrai et le beau. Le premier, l’apanage des prêtres, est un rêve humain. Le second, souvent à tort confondu avec le premier, est le plus enclin au mensonge ; tous veulent se l’accaparer, pour légitimer leurs désirs. Le dernier enfin, les rares fois où il s’est vu être l’objet d’un consensus humain, a caractérisé la fin des civilisations les plus grandioses.
En ce qui concerne la vertu, nous la radions sans hésiter. La vérité, elle, n’apparaît qu’à travers un pan réduit qu’éclaire notre mince raison, ou du moins quand cette dernière n’est pas trop humaine, mais plutôt scientifique. Le beau, lui, n’est rien de moins que notre guide. Aussi, si nous jugeons la vertu comme un artefact inatteignable de la sensibilité, nous ne nions pas qu’une éthique vaille mieux qu’une autre. Cependant, elle sera sujette au jugement de goût plutôt qu’à la raison, laquelle n’a rien à dire ici. La morale est en effet une finalité et la raison est impropre à dire ce qu’il faut faire, puisqu’elle ne veut rien ; le jugement esthétique, lui, le peut. De plus, si les éthiques sont relatives au regard de la raison, le beau est objectif au regard du goût. Nous sommes d’avis qu’une symphonie de Beethoven vaut mieux qu’un hit de l’été ; et nous n’allons pas, sinon en vous priant de bien vouloir vous plier à cette évidence, préciser pour quelles raisons ! En ce qui concerne l’esthétique, les questions les plus pertinentes sont : pourquoi le misanthrope veut le règne du beau ? et, quels sont les arts qu’il entend perfectionner ?
Le genre humain n’est détestable qu’au regard d’un genre supérieur. Nous l’appellerons celui des dieux, c’est celui vers lequel tend le misanthrope. Si vous trouvez cela prétentieux, sachez que le misanthrope s’en moque ; en outre, il l’assume complètement. C’est en effet parce qu’il côtoie les dieux en pensée que le misanthrope considère de haut les humains qu’il rencontre. Cette beauté l’obsède jusqu’en songe ; et il se réveille chaque matin déçu de retrouver ce monde ; partout où il le peut, il ferme les yeux et contemple un moment les fruits de son imagination fertile. Bien sûr il a des modèles, mais en ruine, au musée, dans les livres ou sur les cartes postales des grandes villes. Le laid l’entoure et il le connaît bien : au négatif, il est l’utile, au positif, il est l’art démocratique. Aucun jugement de goût n’est aussi terrifiant que la réunion naïve de tous les jugements de goût : les métropolitains gâchent la solennité des catacombes, de même que les discothèques et les kebabs les architectures des vieilles villes ; les détritus, les panneaux publicitaires et le bruit des voitures, déjà étouffant en ville, s’immiscent jusqu’aux villages les plus reculés et démystifient crassement la nature la plus sauvage. Sans compter l’art de notre époque, éminemment décadent, avec sa tendance à placer le nouveau au-dessus du beau. Nous disions que l’utile est le laid au négatif, car sans prétendre être esthétique il incarne ce qu’il y a de plus navrant en l’homme : sa paresse et son goût pour le divertissement. Le capitalisme est à ce titre l’incarnation économique de la laideur, de même que la démocratie est celle politique. C’est sans doute par son hypersensibilité que le misanthrope s’en révolte, laquelle lui confère un jugement de goût supérieur.
Le projet esthétique, digne du rang divin vers lequel il tend, s’inspire précisément de l’époque où les dieux étaient à l’honneur. Rien n’est plus sublime, en effet, que l’incarnation des craintes humaines, dans des idoles effrayantes, de par leur puissance comme par leur beauté. Mais s’il ne craint plus les dieux, le misanthrope aime en revanche être craint ; et l’art divin le touche d’autant plus qu’il honore son propre caractère. En parallèle à son projet politique, ses desseins esthétiques visent à conformer violemment tous les hommes à un certain idéal. Les plus indésirables des hommes eux-mêmes devront être beaux ; l’art populaire sera toléré dans les seules limites du respect dû aux maîtres ; chaque maison sera construite avec pour fin première de plaire, non de servir. En somme, tous les arts concernent le projet misanthropique : ceux que nous connaissons déjà, mais plus encore l’architecture, la politique, la rhétorique - qui ont durement subi les affres du démagogisme démocratique, enfin, ceux militaire et génétique - qui ont tout bonnement manqué aux frileuses démocraties.
Il semble que nous nous emportons quelque peu vers les rivages revigorants du projet politique ! Mais, brimons encore un peu notre impatience, et goûtons, pour attendre, aux préliminaires de la vox politicae, en la personne de l’éthique. Ne t’étrangles pas, j’ai bien écris « éthique » ; cette partie se révélera riche de bon conseil en ce qui concerne la mise en pratique de notre violente soif d’action.
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jeudi, 13 juillet 2006
Votre saga impériale de l'été
Premier épisode de votre saga de l'été : ESSAI DE MISANTHROPISME, qui m'a été très généreusement communiqué par notre Génial Maldoror.
AVANT-PROPOS
Cette brochure a été trouvée à Lyon, le 10 avril 2006, à l’entrée d’une catacombe. Dans ces souterrains semble se retrouver une société secrète d’intellectuels, dont l’exposé ci-présent serait le manuel de conversions destiné à leurs adeptes. D’après notre enquête, tout porte à croire que le projet dont parle ce livre serait en préparation à l’instant même où j’écris. Nous publions ceci pour mettre en garde l’humanité.
ESSAI DE MISANTHROPISME
par TOLMAO ELEGKEIN
« Le plus grand crime de l’homme, c’est d’être né»
Calderon
Introduction
À défaut de simplement lire des livres d’histoire, des magazines de mode ou des journaux en tout genre ; de goûter à une joyeuse solitude, de vivre reclus ou d’apprécier le silence avant son sommeil ; d’éclairer la télévision, de se véhiculer en métropolitain ou tout bonnement d’ouvrir les yeux sur une foule, on peut toujours devenir misanthrope en recommandant à sa cervelle de comprendre ce qui suit. Loin de n’être qu’un recueil d’insultes, cet ouvrage ne prétend pas moins élever la haine des hommes au rang de science, ou du moins de philosophie ; ce qui est rarement le cas des pensées les plus venimeuses, du moins quand on a honte de les partager. Or c’est en faisant part au grand jour des idées misanthropiques qu’on parviendra à en analyser la teneur, pour ainsi les débarrasser de leur impression de n’être que les jurons hâtifs, d’une intelligence en proie aux plus noires émotions.
Ce qui n’était alors considéré que comme sentiment dangereux par la tyrannie pacifique, deviendra une pensée parmi tant d’autres, peut-être même aussi vérace qu’inattendue. C’est ce dont nous espérons convaincre le lecteur, quelque récalcitrant à la haine qu’il soit.
I
Aspect émotif
Les gens, crédules et communs, ceux dont les avis naïfs siéent aux préambules des dissertations, pensent généralement que les misanthropes sont des êtres insensibles ; c’est, évidemment, tout le contraire. Originellement, les gens de notre espèce portent particulièrement attention aux domaines affectifs. Et c’est d’ailleurs grâce à leur sensibilité aiguë qu’ils en arrivent à l’amer constat, que l’espèce humaine ne mérite que haine et crachat.
On rétorquera, en bon psychanalyste - espèce d’hommes particulièrement haïs par nous, que c’est par un dérèglement affectif que naît à tort le misanthropisme. Ainsi, à force d’aimer, et de ne trouver face à lui que le refus de donner autant d’amour, le misanthrope jugerait les gens mauvais. Le psychanalyste voudrait donc nous faire croire qu’aimer à la façon des prémisanthropes est impossible, car il faut toujours accepter un peu de haine dans ce monde ! Si ç’avait été le cas pour tous les gens normaux, tout serait « pour le mieux dans le meilleur des mondes » ; mais comme la littérature philanthropique elle-même est pleine de lamentations, il nous est permis de douter. Le fait de regretter l’absence d’amour est toujours le sentiment d’un être aimant ; partant, il serait contradictoire de dire que c’est le cas pour le misanthrope. Un homme qui n’aime pas n’aime pas, peut-être n’aime-t-il pas aimer, et inversement, mais certainement pas ne pas aimer parce qu’il aime !
En revanche, ce que nous pensons, c’est que le trop-plein d’amour n’est qu’une des conditions qui conduisent au misanthropisme, et non pas la cause nécessaire. Le prêtre est l’image parfaite du philanthrope ignorant, de même que l’anarchiste de gauche ou le néo-démocrate : ils semblent déborder d’un amour aveuglant. Seule l’intelligence est capable de convertir cet amour en haine, en révélant précisément au sujet qu’il est vain d’aimer. Le psychanalyste se trompe en effet en généralisant la puissance émotive des sujets dits « normaux », — d’ailleurs, notons que le psychanalyste est une espèce à part, une sorte de misanthrope frustré. Sa pseudo-science part du principe qu’un équilibre émotionnel est souhaitable, c’est celui du juste milieu entre le misanthropisme le plus provocateur et le sentiment d’un amour piteusement passionné. Or ce sentiment, il ne fait que l’induire d’expériences, plutôt que d’en chercher les raisons dans les fils logiques de sa cervelle. Il part de sentiments subjectifs et les impose à tous, plutôt que de déduire, objectivement, lesquels seraient légitimes.
Et pourtant, tout psychanalyste sait combien le patient est haïssable ! Une séance avec un modeste dépressif lui suffit pour s’en apercevoir, ou plutôt, pour le comprendre. La révélation misanthropique part de l’expérience, comme toute chose ; néanmoins, elle englobe les domaines métaphysiques avant ceux pratiques, les premiers précédant les seconds dans l’ordre d’importance des connaissances, selon Descartes, à qui nous donnons raison cette fois. Ainsi, l’objectivité est respectée dans le cas où l’on tient compte du tout avant les parties, et le tout comprend davantage le monde que l’humanité. Alors que le psychanalyste ne voit que des rapports humains, le misanthrope ne voit, à travers la lorgnette du faux médecin, qu’une parcelle infime du monde, et pas la plus louable.
Une fois misanthrope, le disciple regarde également ses affects de haut. Néanmoins, si son misanthropisme collabore à une vision réaliste du monde, il n’en est pas moins dénué de toute émotion. On ne peut devenir aussi imperturbable qu’une pierre, quand bien même le sujet voudrait y tendre de tout son coeur haineux. Mais c’est vers cette fin qu’il doit progresser et ses émotions agiront paradoxalement en ce sens, en ce qu’elles sont les gages d’une objectivité. Nous verrons bientôt pourquoi. Pour ce qui est des émotions dites « positives », elles ne lui sont aucunement interdites ; la seule condition étant la pérennité de cette vision élevée : l’amour lui-même ne sera perçu que comme un instrument vers des bonheurs éphémères, plutôt que comme un absolu. C’est la conclusion de la première révélation misanthropique que de comprendre le sens tyrannique de l’amour, et c’est le premier exercice misanthropique que d’y résister. S’entraîner au dégoût est une solution, mais en général, une forte déception suffit à bloquer tout désir ; et quand bien même la velléité jouerait encore de son bruyant appétit, la première déception nous rappellerait combien elle est vaine et fourbe. Toutes les émotions ne sont que les instruments d’une cause plus élevée : l’être du monde, ou sa finalité sans fin. Pour éviter le trouble des émotions, le misanthrope doit devenir suffisamment ascète pour ne les considérer que comme des outils ; désobéir à cette règle conduit inévitablement à un retour à la vie d’ignorant. Ainsi, son hypersensibilité n’est qu’un moyen et ne perdure, après la révélation misanthropique, qu’à l’état de faculté inférieure à l’intelligence et dont l’activité importe dans le seul cas où le sujet le souhaite.
L’aspect rationnel est donc l’autre condition de la prise de conscience que nous défendons. La déception est le premier des sentiments conduisant à la pensée misanthropique, comme le péché des hommes est la première histoire introduisant leur Histoire. Sans connaître ce sentiment, perdurerait l’amour vain, caracolant dans d’éprouvants entrains, contre les bords d’un torrent discontinu de pleurs et d’envies ; à défaut que sa source ne s’assèche, l’on se verrait condamner à vouloir se noyer.
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samedi, 27 mai 2006
Semaine Cioran 7/7
"Les nuages défilaient. Dans le silence de la nuit, on aurait pu entendre le bruit qu’ils faisaient en se hâtant. Pourquoi sommes-nous ici ? quel sens peut bien avoir notre présence infime ? Question sans réponse, à laquelle pourtant je répondis spontanément, sans l’ombre d’une réflexion, et sans rougir d’avoir proféré une insigne banalité : « C’est pour nous torturer que nous sommes ici, et pour rien d’autre. »"
09:00 Publié dans Pensées et penseurs | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
vendredi, 26 mai 2006
Semaine Cioran 6/7
" Au-delà d’un quart d’heure, on ne peut assister sans impatience au désespoir d’un autre."
10:15 Publié dans Pensées et penseurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 25 mai 2006
Semaine Cioran 5/7
"Aimer son prochain est chose inconcevable. Est-ce qu’on demande à un virus d’aimer un autre virus ?"
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